Portrait de métier #2 – Cheffe de projet

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Pour cet article, je laisse la parole à Charlotte Fuchs qui est notre portrait de métier #2 de la série. Comme j’aime à le rappeler, ces portraits sont faits pour te donner envie et te proposer des idées de métiers accessibles. Ils sont aussi l’occasion de parler compétences et savoir-êtres professionnels, un sujet peu abordé dans les amphis… Peut-être t’aideront-ils à trouver ta voie vers un métier qui te plaît et trouver les portes pour y accéder… je l’espère en tout cas.

Bonne lecture !

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Charlotte incarne le sérieux, la volonté et l’intelligence qui n’est pas sans rappeler le personnage de Luna Lovegood. C’est une jeune femme à l’écoute, créative et sensible. Bretonne de naissance, mais tourangelle de cœur et d’âme, sa passion pour l’histoire de l’art lui vient entre autre des châteaux de la Loire et l’art de vivre ligérien. Toujours en quête d’inspiration pour ses dessins, c’est une férue de livre et de culture ; son parcours est varié et très inspirant. Elle est aujourd’hui cheffe de projet pour le Campus d’Excellence PatMAT Centre-Val de Loire.

Quel est ton parcours ? As-tu hésité avant de te lancer en histoire de l’art ?

Mon rêve, c’était de devenir conservatrice du patrimoine, et ce depuis le collège. Mais, pour tout un tas de raisons, je n’avais pas envie d’aller à Paris pour suivre les cours de l’Ecole du Louvre. J’ai donc fait prépa, dans le but de devenir “une bête à concours”. Après 3 ans de khâgne et deux admissibilités à Normale Sup, j’ai intégré le M1 “Renaissance et patrimoines” du Centre d’Études Supérieures de la Renaissance de Tours.

Et là ô miracle ! Une option “préparation aux concours du patrimoine” a ouvert à l’Université de Tours. J’ai donc bifurqué en master histoire de l’art. À la suite de ce master, j’ai passé une première fois le concours de conservateur mais sans succès. Sur les conseils de mes enseignants, j’ai commencé une thèse en histoire au CESR. Aujourd’hui, c’est vraiment la réalisation dont je suis le plus fière. Cette année-là, j’ai été admissible au concours de conservateur, mais j’ai échoué à l’oral. Et l’année suivante, tout en rédigeant ma thèse, j’ai passé avec succès le concours d’attaché territorial de conservation du patrimoine en Côte d’Or.

Bien sûr que j’ai hésité avant de me lancer, car dixit ma prof d’histoire au collège : “l’histoire de l’art, c’est la voie royale vers le chômage“. C’est assez violent d’entendre ça à 15 ans ! Aujourd’hui, mon emploi m’amène à étudier les statistiques de l’insertion professionnelle.

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Crédit : aquarelle de Charlotte Fuchs de charlottefuchs.wixsite.com : Tous droits réservés

C’est faux ! L’histoire de l’art n’est pas la voie royale vers le chômage : les diplômés en sciences humaines s’en sortent très bien ; même si la stabilité peut être longue à trouver

Pour toi des études en histoire de l’art c’est :

Faire quelque chose qui te passionne !

Quelle qualité est nécessaire pour réussir en histoire de l’art :

La curiosité !

Peux-tu nous parler des concours de conservation du patrimoine ? Est-ce que c’est dur ? C’est pour qui ?

On ne va pas se mentir. Oui, c’est dur. Il y a peu d’élus et le concours n’a lieu qu’une fois tous les 3 ans. J’ai eu la chance de l’avoir du premier coup. Il est ouvert aux diplômés de licence mais, à mon avis, il faut être en master pour avoir le niveau de maturité suffisant.

Et la concurrence est rude.

Contrairement au concours de conservateur, qui requiert avant tout de faire montre d’une vaste culture artistique, le concours d’attaché teste dès l’écrit le futur professionnel qui est en vous. Il vous demande de vous projeter. Plus encore, vous devez montrer que vous ferez un bon agent du service public. Par exemple : lors de l’entretien avec le jury j’ai dû répondre à des questions sur la gestion des piscines municipales, le rôle d’un DGS ou encore la date des prochaines élections !

Si j’avais un seul conseil, ce serait : soyez régulier dans votre travail. Un concours, c’est un marathon pas un sprint. Et prenez l’épreuve optionnelle. Quelques points en plus ça peut faire la différence. Enfin, gardez à l’esprit que les concours de la fonction publique territoriale ne conduisent pas directement à l’emploi. Vous avez 3 ou 4 ans pour intégrer une collectivité. Au-delà, vous perdez le bénéfice du concours.

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Crédit : image par aatlas de Pixabay (CC-BY-SA)

Ton meilleur souvenir à la fac ?

Sans hésiter, un voyage en Toscane. Visiter Florence, pour tout amoureux de la Renaissance, s’apparente à un véritable pèlerinage. Mais Florence a été une déception, il faut bien l’avouer : je n’en ai retenu que cette foule immense et bruyante de touristes. En revanche, j’ai été conquise par les nécropoles étrusques enfouies sous la végétation, les champs d’olivier et les cités escarpées. Et bien sûr, je garde un souvenir précieux des fous rires dans le bus et de nos explorations !

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Crédit : aquarelle de Charlotte Fuchs de charlottefuchs.wixsite.com : Tous droits réservés

Quel a été ton parcours une fois diplômée ? Est-ce que c’était long de trouver du travail ? As-tu eu du choix ?

Le concours d’attaché en poche j’ai cherché. J’ai envoyé CV sur CV. Chaque fois qu’une offre sortait, je posais ma candidature. Au bout d’un an, je n’avais décroché qu’un seul entretien. Finalement, mon contrat doctoral a pris fin et j’ai failli me retrouver sans revenus.

Heureusement, Pascal Brioist (spéciale dédicace), mon formidable directeur de recherche m’a parlé de la création d’un Campus des métiers des qualifications dédié au tourisme dans la région. Il en était le directeur mais l’académie avait besoin d’un personnel opérationnel à temps partiel et ne trouvait personne.

J’étais découragée par les candidatures restées sans réponse et les entretiens où mon profil atypique était pointé du doigt. J’ai saisi une opportunité au vol.

J’ai donc intégré le campus. Trois ans plus tard et une refonte, je suis toujours là. Il y a quelques mois, mon inscription sur liste d’aptitude des attachés de conservation est arrivée en fin de validité. Je n’ai aucun regret.

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Crédit : image par StartupStockPhotos (CC-BY-SA)

Tu es cheffe de projet, c’est quoi en quelques mots ? Tu aimes ce que tu fais ?

Je suis cheffe de projet d’un Campus des métiers et des qualifications. Il regroupe des acteurs de la formation, du monde professionnel et des collectivités structurés autour de filières d’avenir. L’objectif est d’anticiper les mutations de certains secteurs d’activité et envisager les métiers de demain. La thématique de mon campus, c’est le tourisme, le patrimoine et les métiers d’art. Cela regroupe tous les éléments constitutifs du patrimoine, qu’il soit culturel, matériel ou immatériel.

Mon job’ est véritablement « sur mesure ». Je suis une touche-à-tout. Je ne supporte pas d’être cantonnée dans une seule mission. Pour le moment, la gestion est assurée par deux personnes ; je peux donc assumer, dans une même journée, le rôle de community manager, compléter des demandes de financement, assurer le suivi des projets ou encore mettre en place une programmation culturelle et scientifique. C’est une réalité pour beaucoup de métier. Le cloisonnement : “telle étude pour tel métier” est très regrettable en France.

Or les métiers du patrimoine échappent à cette logique : ils permettent d’avoir des missions diversifiées et de développer une réelle polyvalence. Du coup, je peux conjuguer de manière décomplexée ma passion pour le patrimoine avec la formation, la recherche et même la gastronomie ! Avec Livia Avaltroni, la directrice du Campus, on apprend tous les jours et, d’une certaine manière, on invente notre propre métier, car les Campus sont encore des structures relativement nouvelles. C’est une chance !

J’ai le bonheur, tous les jours, de sortir de ma zone de confort et d’aller vers l’innovation ; voilà pourquoi je me lève le matin !

Ton métier en une image et en musique ça donnerait quoi ?

L’École d’Athènes de Raphaël, pour l’image, parce qu’un Campus est un collectif de personnes issues d’horizons très différents qui apprennent à travailler ensemble. Pour la musique, Le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns parce qu’un Campus est un collectif de personnes issues d’horizons très différents qui n’arrivent pas toujours à travailler ensemble.

Quelles sont les difficultés liées à la nature de ton métier ?

Se réinventer chaque jour, c’est stimulant mais ça peut aussi être épuisant. Surtout quand le projet démarre avec une équipe « en mode restreint ». Et la difficulté, ou devrais-je dire le challenge, quand on crée une nouvelle structure, c’est qu’on n’arrive pas sur un terrain vierge.

On doit trouver une place au sein d’un paysage économique, d’une culture locale et appréhender des dynamiques partenariales qui existent parfois depuis longtemps. En tant que chef de projet, il faut être capable de créer des conditions de travail où chacun trouve sa place tout en gardant à l’esprit les priorités et les intérêts des uns et des autres. Il faut savoir que nous travaillons avec des acteurs issus de milieux professionnels différents (des proviseurs de lycées, des professionnels, des chercheurs, des élus d’organisations professionnelles…). Ce sont des personnes qui peuvent partager les mêmes ambitions sans pour autant les traduire de la même manière et qui parfois ne parlent pas la même langue…

Un projet a toujours des hauts et des bas. Du coup, le résultat final est rarement en phase avec l’idée initiale. Enfin, le travail sur projet est plein d’imprévus. Il faut être agile, capable de rebondir rapidement et de faire des concessions.

Quelles sont les principales qualités pour exercer ce métier ?

La patience, l’enthousiasme, la résilience et l’esprit d’équipe !

Pour conclure, aurais-tu un film et un livre à conseiller ?

Je dirais Girl with a Pearl Earring réalisé par Peter Webber pour le film et pour le livre, je conseillerais “Vermeer’s Hat: The Seventeenth Century and the Dawn of the Global Worldde Timothy Brook. L’un comme l’autre montrent les œuvres d’art comme des fenêtres sur un monde disparu, pas seulement d’un point de vue esthétique et aussi parce que j’adore Vermeer !

Une œuvre d’art qui a marqué ta vie ?

C’est bateau, mais dans mon cas, c’est assez vrai : la Joconde. Depuis l’âge de 12 ans, j’ai développé une obsession pour toutes les œuvres de Léonard de Vinci suite à la lecture du Da Vinci Code de Dan Brown. De fil en aiguille, j’ai lu tous les bouquins d’histoire de l’art qui me tombaient sous la main à la bibliothèque municipale. Depuis mes goûts ont changé mais je n’oublie pas le rôle que Vinci a eu dans mon parcours personnel et professionnel.

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Crédit : dessin de Charlotte Fuchs de charlottefuchs.wixsite.com : Tous droits réservés

Ta ville préférée ?

Je ne suis pas sûre d’avoir une ville préférée, mais je dirais Lyon. On prend un immense plaisir à se perdre dans les traboules et le Musée des Confluences m’a fait une forte impression.

Et pour finir, un petit mot doux pour ceux qui hésitent encore à faire Histoire de l’art :

N’écoutez pas les médisants si c’est cela qui vous plait, allez-y ! Restez ouverts aux opportunités, ne vous enfermez-pas. Le monde du travail est en pleine mutation et je crois profondément qu’il y a un avenir pour les profils d’historiens de l’art même en dehors du monde académique, de la médiation ou de la conservation.

Cheffe de projet en bref :

– Savoir anticiper
– Savoir s’adapter aux situations
– Être polyvalent
– Créativité
– Savoir sortir de sa zone de confort
– Goût pour l’innovation
– Savoir se réinventer
– Diplomatie et empathie
– Savoir être agile
– Ouverture d’esprit
– Patience
– Enthousiasme
– Résilience
– Esprit d’équipe

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Crédit : image de Mélanie Chagneau de melaniechagneau.wixsite.com : Tous droits réservés

Charlotte exerce un métier de communication, de gestion et de promotion en lien avec les secteurs du Patrimoine, du tourisme et des métiers d’arts. C’est un métier nouveau crée pour anticiper les mutations des secteurs tels que l’éducation, le paysage du tourisme, les métiers d’art, le patrimoine ou l’hôtellerie… Autant de milieu qui regroupe de nombreux métiers d’avenir tels que : le numérique, le digital, l’informatique, la communication… autant de métiers polyvalents et diversifiés à investir.

Les historiens et historiennes au travail … un vaste programme à suivre dans la rubrique “Portraits & Métiers” de Place plume ! Après ce portrait de métier #2, le prochain sera consacré au métier d’iconographe. To be continued !

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