Portrait de métier #3 – Iconographe

portrait de victoire varenne pour le métier d'iconographe

Pour ce portrait de métier #3, je laisse la parole à Victoire Varenne qui nous présente le métier d’iconographe, ce bel inconnu du monde professionnel. Néanmoins, malgré la méconnaissance qui plane autour de ce métier, il est omniprésent dans le domaine de l’illustration, de la culture, de l’édition, de la publicité ou des institutions… Métaphysique, mystérieux… presque irréel, il ne s’agit pas de peindre des icônes toute la journée, et non… Victoire nous raconte ce métier entièrement dédié à la gestion de l’image, la mise en valeur des illustrations et la négociation des droits d’auteurs ! Un incontournable dont on ne parle presque jamais !

Bonne lecture !

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Victoire nous raconte, dans cet article, sa rencontre fortuite avec le métier d’Iconographe à l’occasion d’une visite de musée. Elle nous décrit son parcours step by step et sa passion pour l’image. Originaire de Tours, Victoire est aussi une Parisienne chic et bohème toujours souriante et joyeuse. Dynamique et passionnée d’histoire de l’art depuis toujours, elle se lance aujourd’hui dans une carrière freelance après avoir travaillé pour Paris Musée ou le Centre Pompidou-Metz.
C’est partie !

Qu’est-ce que tu as fait comme étude ?

Depuis l’adolescence, je suis passionnée d’histoire de l’art.

D’abord, faire des études dans cette filière étaient pour moi assez logique. Je me suis évidemment très épanouie en Licence et plus particulièrement en master lorsqu’il ne reste plus que les périodes que l’on aime le plus à travailler. Écrire un mémoire sur un sujet que l’on a choisi et qui nous tient à cœur a été très épanouissant dans mon cas.

J’ai donc décroché un Master 2 en histoire de l’art et préparé peu de temps après une formation au métier d’iconographe à l’École Supérieure Estienne des Arts et des Industries Graphiques pour compléter ma formation générale.

Selon toi, des études en histoire de l’art c’est :

Un enrichissement quotidien et des belles découvertes artistiques

Quelle qualité sont nécessaires pour réussir dans cette filière ?

La passion !

As-tu ressenti du désespoir ou de l’incertitude à un moment de ta vie universitaire ?

Pas vraiment, j’aimais tellement ce que je faisais que je n’y pensais pas. Et puis, je me suis dit que les choses avançaient bien d’elles-mêmes et que je continuerai step by step

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Crédit : image de Tasos Lekkas (CC-BY-SA)

Quel est ton meilleur souvenir de fac et pourquoi ?

À l’époque, il y avait une option qui permettait d’organiser une exposition au Musée des Beaux-arts de Tours avec le Centre national des arts plastiques (CNAP). Nous étions 10 étudiants à devoir se mettre d’accord, trouver une idée en lien avec le musée et choisir plusieurs œuvres du fond. C’était génial de faire quelque chose de concret et d’argumenter auprès des conservateurs. Monter une petite expo de A à Z était une belle expérience pour des étudiants. 

Une fois diplômée, quel a été ton parcours ? As-tu eu du choix ?

Ensuite, après avoir été diplômée, j’ai un peu manœuvré pour avoir des conventions de stage. J’ai donc décroché un stage de deux mois au Musée du Louvre au Département des Arts graphiques où j’ai travaillé sur le fond germanique. Ensuite, j’ai enchaîné avec un stage de cinq mois au Centre des monuments nationaux en travaillant sur des ressources pédagogiques à destination des enseignants. Puis, j’ai eu un passage à vide d’un an.

J’avais l’impression de ne rien connaître du milieu professionnel

J’ai quitté Paris, repris des petits boulots, passé mon permis ; ça n’a pas été une année facile. Plus tard, je me suis réinscrite à des cours du soir à l’École du Louvre pour garder pied. Je me sentais régresser culturellement à vitesse grand V.

Et puis un jour, en visite au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), j’ai découvert par hasard le métier d’iconographe. Ce terme m’a intrigué. J’ai donc fait des recherches et ça a été la révélation ! Tout ça combiné avec un super conseiller pôle emploi, j’ai eu une formation de 3 mois entièrement payé par eux. Les choses se sont depuis enchaînées très simplement avec de belles expériences : au Louvre, au Centre Pompidou-Metz et chez Paris musées pendant 3 ans.

Musée du Louvre à Paris, esplanade de la pyramide
Crédit : Image par Walkerssk (CC-BY-SA)

C’est quoi un iconographe ?

D’abord, en quelques mots, c’est chercher des images à partir d’un thème, les obtenir en qualité suffisante et négocier les droits. Être iconographe peut se faire dans n’importe quelle branche, la preuve nous sommes entourés d’images au quotidien. Pour ma part, je me suis spécialisée en art.

Chez Paris musées, je travaille pour les 14 musées de la ville : des catacombes au Musée d’art moderne en passant par le musée Cernuschi ou le musée Zadkine… Je fais des catalogues d’expo, des guides mais aussi des cartes postales. J’adore mon métier. Il n’est pas monotone : chaque livre, chaque magazine est différent. On apprend au quotidien. Et personnellement je rigole beaucoup aussi, car parfois on tombe sur des images surprenantes ! 

Mon métier c’est l’image : c’est une mosaïque d’œuvres d’art !

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Crédit : image de Tasos Lekkas (CC-BY-SA)

Une anecdote de travail à partager ?

J’ai parlé de la négociation des droits, mais iconographe c’est aussi savoir tenir un budget. On connaît tous les limites des budgets alloués à la culture… donc il faut savoir négocier la plupart du temps.

Une fois, je travaillais sur le catalogue de l’exposition Couples modernes au CPMetz. Je reçois un devis pour une image à 500 € : un budget que je n’avais évidemment pas pour une seule photo. Je suis donc allée voir mon chef dépitée. Enfin, je repars, je tente une négociation et une heure plus tard, je retourne dans le bureau de mon chef : “Non, en fait c’est bon c’est gratuit”. Il faut toujours avoir confiance et se battre !

Quelles sont les difficultés de ton métier ?

C’est souvent les montagnes russes, entre la pression du calendrier, le budget, les images qui n’arrivent pas, les œuvres qui ne viennent plus et il faut tout changer. Mais c’est une excitation permanente. Quand l’ouvrage arrive après des mois de travail, il y a toujours une profonde fierté.

Pour toi, quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?

Encore la passion ! Il faut être force de négociation, diplomate car on traite avec beaucoup de personnes différentes et avoir très bonne mémoire visuelle.

De quelle réalisation es-tu la plus fière ?

Je dirais que ce sont les Hors-séries que je fais en freelance, en plus de mon emploi, pour Le Parisien – Histoire de Paris. À la différence des catalogues d’expo où j’ai une liste d’images prédéfinie, avec les magazines, je peux proposer des images. J’ai même réussi, pour le Hors-série “Les 30 Glorieuses”, à placer une photo de mon père sur les barricades de mai 68. C’était l’occasion en or !

Chacun des sujets que j’ai eus à illustrer est vaste et m’a sorti de ma zone de confort. Je dois argumenter mes choix d’images et c’est génial. 

Il y a-t-il une image qui aurait marqué ta vie ?

L’autoportrait de Dürer, conservé la Alte Pinakothek de Munich

J’ai découvert ce tableau dans un livre à 13 ou 14 ans. En séjour linguistique à Munich, j’avais 15 ans, j’ai fait des pieds et des mains auprès des organisateurs pour aller visiter ce musée. Ils ont cédé : entre nous, que dire à une ado qui veut juste aller au musée ! J’étais tellement heureuse de le voir en vrai. Ca a été le début d’une liste de voyage pour UN tableau !

Autoportrait de Dürer, conservé à la Alte Pinakothekl de Munich

Un film et/ou un livre à conseiller pour nos chers historiens de l’art ?

Je dois avouer que lorsqu’on fait des livres d’art toute la journée, le soir, je ne reste pas là-dedans ! Mais les livres qui m’ont le plus marqué à la fac et que je continue d’acheter aujourd’hui sont les ouvrages de Michel Pastoureau. Ils sont tous faciles d’accès et se dévorent ! 

Enfin, en film – en souvenir des cinémas – je m’étais régalée une dernière fois devant le film Drunk de Thomas Vinterberg

Ta ville préférée serait :

Berlin !

J’y ai vécu un an après le lycée. C’est une ville que j’adore. Le mix ancien-nouveau. On ressent vraiment l’histoire de la ville et tout ce qui s’est passé. Ca a été une année magique et j’adore y retourner. Je découvre toujours des nouvelles choses. Tout change à une vitesse là-bas : j’ai l’impression d’aller dans une autre ville à chaque fois.

Et pour le petit mot doux de la fin :

Suivez vos passions ! Il faut que celles-ci vous habitent, car on peut vite être découragé. Je n’ai pas été l’élève modèle, mais je savais ce que j’aimais et qu’on ne m’en dissuadera pas.
J’ai bien fait ! 

Iconographe en bref :

Assurer un suivi technique, administratif et juridique
Mettre en lumière un texte ou un concept par une image
Recherche et gestion des sources
Gestion d’archives documentaires
Faciliter l’accès aux informations documentaires
Acquisition, indexation, classement et numérisation
Diffusion et valorisation de documents
Travail en collaboration

Mais encore…

Possibilité de travail indépendant (freelance…)
Veille documentaire
Compétences en communication
Bonne mémoire visuelle
Savoir négocier un prix, un contrat…
Négociation des droits
Recherches d’images
Négociation selon budget alloué et délais
Force de proposition
Gestion du temps de travail

Crédit : image de Mélanie Chagneau : Tous droits réservés

Victoire exerce un métier dans le domaine de l’illustration et de la gestion des droits de l’image. L’iconographe est un professionnel de l’image qui traduit des mots en image. Son rôle est de trouver des images pertinentes pour illustrer un article, un catalogue d’exposition, un livre ou une revue… C’est un métier créatif, polyvalent et diversifier avec de nombreuses possibilités : associations, services financiers, activités juridiques, bibliothèque, archives, musées, édition digitale ou papier, enseignement, programmation culturelle ou scientifique, publicité, administrations…

Pour en savoir plus :

Pour en savoir plus, je t’invites à consulter la fiche métier de l’iconographe, par ici. Tu peux aussi consulter les sites de l’institut national des techniques de la documentation, l’École des bibliothécaires documentalistes ou celui de l’Association nationale des iconographe pour approfondir tes recherches.

Enfin, de nombreuses filières peuvent préparer à ce métier comme un master en information et documentation, un DUT information et communication, un DEUST métiers des bibliothèques et de la documentation (à Villeneuve d’Ascq) ou une licence professionnelle en ressources documentaires (notamment à l’Université de Lorraine).

💪 Les historiens et historiennes au travail … un vaste programme à suivre dans la rubrique “Portraits & Métiers” de Place plume ! Après ce portrait de métier #3, le prochain sera consacré au métier de coordinatrice. To be continued !

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