Devenir maître de conférences : quelles sont vos chances au recrutement ?

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Quelles sont vos chances de réussite après un doctorat ? Combien de postes sont publiés chaque année ? Le métier de maître de conférences, est-il encore attractif ? Si ces questions t’ont déjà traversé la tête ou si tu te demandes si c’est fait pour toi, voici quelques éléments à savoir avant de te lancer en doctorat.

⚠️ Âmes sensibles, s’abstenir…

Maître de conférences en bref

Les informations sont nombreuses sur le web… Ça fait rêver. Bon, grosso modo, un maître de conférences est un fonctionnaire recruté par concours après son doctorat en fonction de son mérite, de ses réalisations, son parcours et expériences d’enseignement. La thèse (et occasionnellement l’agrégation) est un passage obligé pour atteindre ce grade. Les candidats qualifiés sont nommés dans une université ou un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche et doivent assurer un service d’enseignement (en Licence et Master) et de recherche pour un laboratoire.

Un métier qui fait rêver ?

Devenir maître de conférence est bien souvent le Graal d’un parcours académique sans fautes. C’est d’ailleurs l’un des principaux débouchés après un doctorat d’histoire de l’art. En décembre 2021, la rémunération a été fixée à 3206,34 € bruts mensuels, en moyenne et en début de carrière.

Le parcours de formation demande surtout passion et persévérance dans le travail et très tôt, il faut multiplier les expériences d’enseignement et participer activement au monde de la recherche (colloques, publications, projets, financements, vie du laboratoire…). Une fois la thèse soutenue, les qualifications passées, il « suffit » de se présenter aux concours avec un beau dossier qui sort du lot.

D’accord, mais une fois passé cette présentation un peu édulcorée, dans les faits, la réalité est autrement plus brutale en ce qui concerne l’insertion professionnelle. Voici pourquoi :

👉 Pour suivre le suivi des recrutements, rendez-vous sur afhe.hypotheses.org

Ceux dont on ne doit pas parler ?!

Voici quelques données chiffrées dont on ne vous parlera jamais en début de cursus, mais qui en disent long sur l’état actuel du recrutement dans l’enseignement supérieur en France. Pour l’exemple, j’ai choisi le bilan de la campagne de recrutement des enseignants-chercheurs pour l’année 2020.

Bilan toutes disciplines confondus :

– Fin 2020, il y avait 1237 emplois de maître de conférences à pourvoir contre 1898 en 2019.
– 1155 postes de maître de conférences et 680 postes de professeur ont été publiés.
– 925 maîtres de conférences ont été recrutés contre 2113 en 2006.
– Pourtant, sur la même période, le nombre d’étudiant·es a augmenté de près de 40%

Pour les Lettres et Sciences Humaines en 2020 :

– En sciences humaines, le corps des MCF représente 28,8 % des effectifs en France.
– Il y avait 466 postes publiés pour 19.401 candidatures et finalement 4.712 candidats retenus.
– Le nombre de candidatures moyen par poste est de 41 et le nombre de candidats retenus 10.
Le taux de réussites au recrutement s’élève donc à 9.5 % pour les candidats retenus !
– Pour l’ensemble des candidatures envoyées, il est d’environ 2,5 % !
– En plus de cela, sur ces 466 postes publiés, seuls 448 postes ont été pourvus.

Source: GALAXIE / ANTEE – DGRH A1-1

Bilan provisoire du recrutement en 2021 :

– Il y avait 1189 emplois de maître de conférences à pourvoir dont 1090 ont été publiés.
– Ce qui équivaut à une baisse de 5 % pour les postes de MCF à pourvoir

– Les chiffres concernant le recrutement en Sciences Humaines seront publiés prochainement… Affaire à suivre !
Tous les rapports sont disponibles publiquement sur le site du Ministère de l’Enseignement supérieur !

👉 Personnels enseignants du supérieur : bilans et statistiques

Quelles sont vos chances au recrutement des maîtres de conférences ? Quelles sont vos chances de réussite après un doctorat ?

Voilà pourquoi, même avec toute la volonté du monde, il est facile de se retrouver démuni et de rester à la porte des concours sans métier, ni ressources. Il est donc préférable d’avoir un plan B, C, D, E, F en sortant de Sciences Humaines… Pour pallier, certain enseigne dans le secondaire, d’autres se tournent vers le privé.

D’autant que le nombre de postes publiés est en baisse constante et que le nombre de candidatures ne cesse d’augmenter depuis 2012…

Si l’on ajoute à ces chiffres, le report des candidatures non retenues sur les campagnes suivantes, années après années, le nombre de candidats augmente de façon exponentielle. Le chiffre concernant les abandons ou les reconversions professionnelles n’est pas disponible, mais la pression est là…

On voit parfaitement sur ce graphique le déclin du nombre de postes, déclin qui va également de pair avec l’austérité des chiffres précédents. On peut donc se demander quel sera les effets de cette austérité sur l’accès au métier d’enseignant-chercheur ?

Aujourd’hui, les salaires n’augmentent plus réellement, hormis, peut-être, dans les domaines de l’IT. L’inflation, comme on peut le constater, ne fait qu’augmenter… et le statut de fonctionnaire jouit toujours d’une réputation mitigée, pour ne pas dire dégradée. Tous ces facteurs sociétaux n’incitent donc pas vraiment à la recherche et à l’enseignement, voire favorise l’abandon. Aussi, la passion recule-t-elle face à l’écœurement, la frustration et la colère…

👉 Vivre d’une thèse en histoire de l’art : rêves vs réalité

Démographie de la section 21 du CNU

Voici d’autres chiffres recueillis dans les rapports du ministère pour « achever » cet article :

Les effectifs de la section n°21 (Histoire et archéologie des mondes anciens et médiévaux ; de l’art) représentent 1,4 % de l’ensemble des sections CNU soit 475 personnes en 2020 contre 514 en 2010.

La moyenne d’âge des maîtres de conférences est de 45-49 ans pour cette section, contre 55-59 ans pour les professeurs. La tranche des 30-39 ans ne représente que 14 % des effectifs, les moins de 30 ans n’étant pas du tout représentés. L’âge moyen est donc de 48 ans pour les maîtres des conférences, et de 56 ans pour les professeurs. De plus, le taux de professeurs atteignant l’âge de 64 ans entre 2020 et 2024 est de 28.6%, soit 74 personnes au total.

Une pression constante à la porte des universités

Entre 2016 et 2020, le nombre de départs en retraite était de 22 pour les maîtres de conférences et de 55 pour les professeurs, soit un total de 77 personnes. Pour comparaison, pour la même période, le nombre de personnes qualifiées aux seules fonctions de maître de conférences était de 819.

Le nombre de candidats total, lui, s’élève à 1547 toujours pour cette même période (2016-2020). La pression au recrutement est très (trop) importante, d’autant que pour les nouveaux qualifiés, la concurrence avec les anciens qualifiés désireux d’obtenir un poste est forte.

Ainsi, l’accès au métier d’enseignant-chercheur se durcit un peu plus chaque année. En 20 ans, avec la baisse des postes et les données démographiques des effectifs, la compétition entre les candidats s’est accrue. En l’état, les chances de débouchés après un doctorat sont de plus en plus restreintes. Le doctorat, sera-t-il toujours attractif ? L’est-il seulement encore ? Dans ce contexte saturé, comment valoriser son envie d’enseigner et ses expériences de recherche ? Que faire pour relâcher la pression ?

Comment conclure ?

Il est difficile de conclure un article aussi pessimiste sur les chances de réussite dans l’enseignement supérieur. C’est un sujet si injuste qu’il en devient douloureux à aborder. Les questions sont nombreuses, les réponses souvent inexistantes, « malaisantes » ou hypocrites… Malgré tout, il est difficile de tout laisser tomber et de se laisser aller à la rancœur et à la mélancolie.

👉 À propos des recrutements à l’Université, par Guillaume Beaussonie

L’histoire de l’art est un milieu stimulant et passionnant pour avoir une approche croisée de l’art, de la culture et des sociétés. Cette discipline est, selon moi, essentielle pour s’ouvrir au monde. Elle donne aux étudiants le goût de la curiosité et du questionnement leur permettant de mieux comprendre l’actualité et le monde d’aujourd’hui. Les parcours sont multiples et variés et lorsqu’on a 6 ou 8 ans d’expériences de recherche et/ou d’enseignement derrière soi, il est normal de ne pas tenter le tout pour le tout. Et vous, qu’en pensez-vous ?

chemin - longue route - thèse - doctorat

👉 Pour aller plus loin : Doctorat ou pas doctorat : ce qu’il faut savoir de l’expérience

Au-delà de cette définition, le doctorat est le défi d’une vie. C’est une expérience au quotidien : on dors doctorat, on mange doctorat, on vit avec son sujet de thèse en toile de fond. Il est donc difficile de ne pas se décourager sur le long terme.

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