Vivre d’une thèse en histoire de l’art : rêves vs réalité

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Vivre d’une thèse, c’est bien, mais vivre d’une thèse en histoire de l’art, c’est mieux ! Le rêve… Pas facile de ne pas fantasmer du coup ?… Moi la première, car il est tentant, et surtout facile, de voir son avenir de docteur.e passionné.e sans accro et bien tracé. Mais une fois passé les premiers refus de contrats doctoraux ou de financements, le sol est bien dur après la chute. Alors comment faire pour que la thèse ne rime pas avec frustration et amertume ?

S’il est rapide de s’imaginer en “star” de colloque, directeur de laboratoire ou maître de conférence devant un amphi bondé et fasciné, il est encore plus aisé de se retrouver sans emploi après 6 longues années de thèse laborieuses… Comment accepter cette dure réalité ?

Dans cet article, je te propose d’affronter les plus vilaines des questions à se poser avant et pendant la thèse… Allez, on s’accroche !

😱 Il y a-t-il des débouchés après une thèse en Histoire de l’art ?

C’est à vous de rendre votre profil “introuvable” en choisissant les bonnes spécialités dans les meilleurs établissements et/ou laboratoires de recherche suivis par le ou la meilleure des directeurs de recherche.

De manière générale, la thèse a vocation à déboucher vers la recherche tous domaines confondus. Les débouchés sont donc essentiellement liés à recherche, à savoir les métiers de maître de conférence, ingénieur de recherche, enseignant dans le secondaire, chercheurs et tous ceux qui concerne les carrières universitaires.

En réalité, ce n’est pas si facile. Les débouchés sont vraiment peu nombreux. L’expérience doit donc être réfléchie sérieusement au préalable, car la concurrence est nombreuse et les chances de réussite au recrutement assez faible. Il faut vraiment se le dire avant de partir, et c’est peut-être le plus dur à intégrer. Le doctorat doit être un choix stratégique, doublé d’un cursus plus pro’ à mon sens. Les postes sont rares en Histoire de l’art et les recrutements difficiles…

On peut vite se retrouver seul(e) au terme de 5 ans de travaux, sans métier et sans vision, démonstration :

Effectifs de doctorants, de docteurs et de postes en 2020 pour exemple

20 160 étudiants inscrits en doctorat en Sciences Humaines et Humanités
13 915 diplômés dont 2673 docteurs pour les Sciences Humaines et Humanités
15 postes de maître de conférences étaient à pourvoir dans la section 21(Hda)
1 à 2 postes envisageables selon notre profil, matière, spécialité…

Le calcul est vite fait : près de 2000 personnes reçues aux qualifications vont postuler pour un poste.

Chiffres donnés pour l’année 2020 par Statista.com.

Pourquoi faire une thèse dans ce cas ?… Le moteur de la thèse est, et sera toujours, la passion pour la recherche ou la pédagogie. Le doctorat est aussi un atout professionnel. On développe ou renforce plein de compétences clés. L’expérience en elle-même est enrichissante. Enfin, si l’on vise quand même le métier de maître de conférences, c’est le seul moyen d’y accéder. Il faut donc rendre notre profil “hors-du-commun” pour sortir du lot !

🤯 Comment définir ces objectifs métiers ?

Quand on se lance dans une thèse, l’objectif est bien souvent une carrière universitaire.

Les années de thèse sont l’occasion de nous familiariser avec l’enseignement. Pour bien d’entre nous, c’est une révélation. Du coup, en plus de la recherche, l’enseignement nous propose un métier qui n’est pas routinier. En plus des cours, on voyage, on publie des articles, on participe à des journées d’études, on participe à l’ouverture scientifique, on rencontre des gens incroyables… le concept même du métier-passion.

Pourtant, il faut bien avoir conscience qu’avoir un poste est extrêmement difficile. Je me répète volontairement, car plus que de la passion et un bon profil, ce cursus demande aussi de la chance…

Nos objectifs sont à définir avant de commencer une thèse, et même avant d’entrer en Master. Généralement, on découvre la recherche en Master et on continue sur cette lancée entraîner par le courant. On se laisse bercer, parfois d’illusions, mais surtout par l’idée d’un poste à la clef. Erreur ! Un doctorat se pense à la fin d’une licence, la tête froide, et ce même s’il est dur de se projeter.

Le doctorat est une expérience toujours à portée de main, à tout moment, même en validation d’acquis ! Il est plus simple d’y retourner avec un bagage pro’ que de faire machine-arrière en cours de route.

Pour définir vos objectifs, prenez rendez-vous avec l’un de vos professeurs (même si ce n’est pas le plus simple), discutez-en avec vos potes, demandez à des associations de doctorants, explorer le sujet sur les forums et autres groupes sur les réseaux, demandez à vos chargés de TD qui sont souvent doctorants !

Allez aux informations, posez des questions (même les plus difficiles à poser). Il est également possible d’en discuter lors de son premier entretien avec son futur directeur de recherche. C’est un bon moment pour se poser et envisager la suite avec quelqu’un du métier.

🥶 Les charges de cours sont-elles suffisantes pour vivre ?

Malheureusement, non, l’enseignement ne suffit pas pour vivre. La majorité des doctorants interviennent en qualité de vacataires. Ils ne sont pas titulaires et ne sont pas rattachés de façon permanente à l’Université. C’est une posture un peu précaire et un peu flou… Pour faire simple, ce sont des “contrats” pour des petits services tels que des tutorats ou des TD. Ils sont généralement payés plus de 6 mois après les heures de cours effectuées et avec des procédures longuissimes. Le doctorant est payé 2 fois par an, si on a des cours sur les deux semestres.

Ensuite, il y a les ATER (Attaché Temporaire à l’Enseignement et la Recherche) qui sont recrutés sur concours. Ces derniers ont un salaire convenable pendant 12 mois qui permet de vivre sans trop de problèmes. Néanmoins, ce type de contrat est soumis à l’ouverture hypothétique d’un poste par l’Université et limité dans le temps avec une durée de 2 à 3 ans sous conditions.

Enfin, les contractuels sont les seuls à bénéficier d’une rémunération stable, mais difficile d’accès. Ce sont des contrats de10 mois non payés en juillet et août (il faut donc s’organiser). On peut faire entre 192h et 386h de cours avec un salaire brut mensuel variant entre 1800 et 3500 euros. Encore faut-il trouver des postes disponibles à pourvoir

😨 Comment financer une thèse ?

Dans la plupart des cas, il faut se débrouiller pour vivre décemment pendant ses recherches. De nombreux doctorants ne travaillent pas sur leur thèse à temps plein. La passion seule ne nourrit pas, malheureusement.

Parfois, on a la chance d’obtenir un contrat doctoral, mais ce n’est pas toujours le cas. Bien souvent, il n’y a qu’un seul contrat pour 1/3 des candidats en SHS. C’est donc très peu, et au-delà de la concurrence, on ne peut postuler qu’une seule fois au concours. Il faut donc le préparer correctement et avoir un projet de thèse béton. Ça génère déjà beaucoup de pression. De nombreuses associations doctorantes proposent des entraînements pour présenter son projet de thèse. Il ne faut pas avoir peur de demander à son directeur également…

Le contrat doctoral finance 3 ans de thèse. C’est peu, car une thèse en SHS dure entre 5 et 8 ans. Ensuite, si la thèse se prolonge, il faut trouver d’autres moyens de financement (contrat, partenariat, job alimentaire). La bonne nouvelle, c’est que le contrat doctoral donne droit à des indemnités de chômage qui peuvent être utiles pour terminer.

🤗 Merci à Flore Lerosier qui a bien voulu m’aider à répondre à ces questions difficiles, mais néanmoins incontournables de l’expérience doctorale. Cet article n’est pas des plus optimistes, mais il a l’avantage de pointer toutes les petites lignes inscrites en bas du doctorat… Bravo à tous ceux et celles qui ont fait le choix du doctorat ! C’est une aventure incroyable. Et pour tous ceux qui hésitent encore : pensez stratégique !

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👉 Pour approfondir la lecture et en savoir plus : Doctorat ou pas doctorat : ce qu’il faut savoir de l’expérience !

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