Portrait de métier #1 – Manager et cheffe d’équipe

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Crédit : image de Mélanie Chagneau de melaniechagneau.wixsite.com : Tous droits réservés

Le petit vélo de l’insertion … un bagage de compétences et de passions conséquent mais soutenu avec assurance

Mélanie inaugure le lancement de la rubrique “Portrait & Métier” de Place plume avec son portrait de métier. Ces portraits sont faits pour te donner envie et te proposer des idées de métiers accessibles après une fac d’histoire de l’art. Ils sont aussi l’occasion de parler compétences et savoir-êtres professionnels, un sujet peu abordé dans les amphis… La série des portraits a été spécialement imaginée pour élargir tes horizons sur les opportunités d’emploi et les moyens concrets qu’il faut mettre en œuvre pour les saisir.

Les historiens et historiennes au travail … un vaste programme à suivre !

Bonne lecture !

portrait de metier avec melanie chagneau

Dans cet article, je laisse la parole à Mélanie Chagneau pour la présentation de son métier. Mélanie est une jeune femme pétillante et énergique, une vraie aventurière. Son parcours est passionnant et très inspirant. Après une fac d’Histoire de l’art, elle part s’installer en Inde avec l’espoir d’y vivre. Après une exploration culturelle et humaine en Indes de deux ans, elle s’installe à Paris où elle exerce désormais le métier de Cheffe d’équipe vente à la Fondation Louis Vuitton.


As-tu hésité avant de faire des études en Histoire de l’art ?

J’ai fait une Licence d’Histoire de l’art, puis un Master Histoire de l’art spécialité antique.

À la fin de mes années “Lycée”, mon prof d’Histoire avait essayé de me décourager en me disant que « l’Histoire de l’art n’offre aucun débouché ». Mais, heureusement, je ne l’ai pas écouté. Le jour de la réunion de rentrée à la fac, une professeure en rajoute une couche en précisant qu’on “« avait choisi une filière de pauvres », décidément…

Mais je voulais suivre mes passions et aller au bout de mes rêves.

Je n’ai jamais douté, ni regretté d’avoir fait Histoire de l’art. D’ailleurs, je n’aurai pas été épanouie dans un autre cursus. Les cours étaient passionnants, j’ai rencontré des gens géniaux avec la même étincelle que moi, et cela, à contribuer à changer mon regard sur le monde.

Il faut rester fidèle à soi-même et suivre ce qui nous transporte.

Pour être honnête, je n’avais aucune idée précise du métier que je voulais faire une fois diplômée. Durant mon cursus, je suis passée par l’archéologie, le monde de la recherche puis finalement celui de conservateur. Mais, au fil du temps, ce sont les stages et les expériences professionnelles concrètes qui m’ont permis d’affiner mes envies. Jamais je n’aurais imaginé intégrer une entreprise d’accueil pour manager une équipe. La vie est pleine de surprises. 

Pour moi, des études en histoire de l’art ce sont les meilleures expériences de ma scolarité

Quelle(s) qualité(s) te semble nécessaire(s) pour réussir en histoire de l’art :

  • être passionné(e)
  • avoir des qualités d’écriture
  • savoir analyser ce qui nous entoure

Quel est ton meilleur souvenir à la fac ?

Mon souvenir est lié à la complicité entre camarades. Avant chaque cours, on se réunissait pour faire des jeux, des compétitions de “Jungle speed” ou de bataille corse. On ne se connaissait pas tous bien, mais peu importe, c’était une manière de créer des liens. La bonne entente était toujours présente, ainsi que l’entraide, la solidarité pour les devoirs ou la prise de notes durant les cours.

reunion entre etudiants
Image par StockSnap de Pixabay (CC-BY-SA)

Une fois diplômée, qu’as-tu fait ? Quel a été ton parcours ? Comment as-tu trouvé du travail ? C’était long ? Tu as eu du choix ?

Une fois diplômée, j’ai pris mon sac à dos et suis partie 6 mois m’installer en Inde du nord. À mon retour, j’ai exploré toutes les annonces de ma région, en vain. Rien… J’ai donc écrit à tous les centres culturels possibles. Coup de chance, l’un d’eux me répond qu’une place de guide s’était libérée. C’est ma première expérience salariale : guide au château de Villesavin (très mignon, entre Blois et Chambord).

Ensuite, nouvelle aventure, je retourne en Inde pour deux ans. Au culot, je me porte volontaire pour être bénévole à la Biennale de photographie de Chennai. Comme la photographie est une de mes passions, j’ai reçu carte blanche pour le montage d’une exposition photo pour un artiste espagnol. Cette expérience me fait découvrir le musée DakshinaChitra, un musée à ciel ouvert. Après mon expérience à la Biennale, on me propose un poste d’assistante en conservation pour un an. Ce fut une expérience unique et un apprentissage précieux.

Paysage en inde pour illustrer le portrait de métier de Mélanie Chagneau
Crédit : image de Mélanie Chagneau de melaniechagneau.wixsite.com : Tous droits réservés

De retour en France, je me retrouve de nouveau sans emploi face aux difficultés de trouver un emploi à long terme dans le domaine culturel. J’ai donc élargie mes recherches en région parisienne. Cette nouvelle aventure m’a conduit à la Fondation Louis Vuitton où je travaille comme agent d’accueil, cheffe de vente et manager pour Marianne International.

Tu es cheffe de vente et manager, c’est quoi ? Tu aimes ce métier ? Pourquoi tu te lèves le matin ?

Cheffe d’équipe, c’est former et manager une équipe au quotidien. Il faut avoir plusieurs casquettes et être multitâches. Je m’occupe principalement de la billetterie et travaille en collaboration avec la cheffe d’équipe accueil. C’est un poste à responsabilités. Je gère la vente des billets et le matériel associé, les recettes de la journée, le suivi des encaissements et les réservations de groupes. Il faut aussi savoir gérer les conflits et apaiser les visiteurs exigeants. Je gère également le programme de fidélisation, le suivi des adhérents ainsi que la programmation culturelle notamment de concert. Il faut prendre des décisions rapidement et faire preuve de diplomatie.

C’est un métier qui demande du temps et de l’énergie, mais j’ai la chance d’être entourée par une équipe du tonnerre. On s’entraide, on se soutient, on se taquine. Cette bonne ambiance rend chaque journée agréable, même lorsqu’un visiteur nous insulte. Je me suis découverte un goût pour le relationnel humain, c’est plaisant de satisfaire la demande des visiteurs.

une équipe au travail
Crédit : Image par Mohamed Hassan de Pixabay (licence CC-BY-SA)

Mon métier en une image serait la chaise longue de Charlotte Perriand… idéale pour se reposer après une bonne journée de travail !

…et en musique, ça donnerai : Keep your eyes peeled des Queens of the stone age ; elle me met de bonne humeur pour démarrer la journée

Quelles sont les difficultés liées à ton métier ?

La billetterie est le cœur du musée. Pas de billetterie, pas de visiteurs… En plus, elle doit se coordonner avec tous les autres services comme la sécurité, l’accueil, la comptabilité, la direction… La diplomatie est une qualité indispensable pour jongler entre tous ces domaines.

Quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?

Je pense qu’outre le métier, le lieu dans lequel il est exercé joue un rôle très important. La Fondation Louis Vuitton est un lieu culturel de luxe, il faut donc aimer travailler sous pression, être organisé et avoir un sens aigu de la perfection. Le sens du contact humain est également primordial.

Une anecdote de travail que tu aimerais partager ?

Lors de ma première année à la Fondation Louis Vuitton, j’ai suivi une formation Handicap très intéressante pour adapter notre accueil du public. J’ai donc appris les bases du langage des signes, la manière d’aider les non-voyants et l’utilisation d’un fauteuil roulant. Une journée en immersion qui m’a permis de voir les difficultés du parcours à l’intérieur du musée.

Quelques mois plus tard, je me souviens d’une dame malvoyante seule dans la file d’attente. J’avais été à sa rencontre pour lui proposer mon aide afin de passer le contrôle de sécurité et faciliter son entrée. Grâce aux conseils de la formation, j’avais dessiné dans sa main le parcours à faire, elle était ravie de cette considération. Cette rencontre m’a marqué.

De quelle réalisation es-tu la plus fière ?

Je dirais mon séjour en Inde, un vrai challenge au quotidien de vivre pendant deux ans dans une culture totalement opposée à la nôtre et de s’y faire une place. Je suis aussi fière d’avoir monter ma propre exposition photo sur les masques vénitiens, intitulée "The hidden faces" en tant qu’artiste invitée. J’ai même eu le droit à une double page dans le journal national, la classe ! Une fierté, aussi, d’avoir fait ceci dans le pays que je chéris tant.

pont du rialto a venise pour illustrer le portrait de métier de Mélanie Chagneau
Crédit : image de Mélanie Chagneau de melaniechagneau.wixsite.com : Tous droits réservés

Ma ville préférée est Venise. C’est une ville intemporelle, chargée d’histoires et de mystères dans laquelle on aime se perdre. Elle est hors du temps.

Une œuvre d’art qui a marqué ta vie ?

Les performances extrêmes de Marina Abramovic m’ont beaucoup marqué. Je me souviens l’avoir découverte en cours d’Histoire de l’art, dans sa performance appelée The artist and the present. Elle devait rester immobile durant 6h. Autour d’elle, 76 objets dont des ciseaux, un pistolet, des feutres… étaient disposés. Son corps était à la merci du public et des objets à disposition. Au début, le public était timide, mais progressivement on a découpé ses vêtements, on l’a mutilé, on a bu son sang, on a chargé le pistolet… Certains essuyaient ses larmes. C’est très violent, choquant et passionnant. Elle explore les limites de son corps tout en montrant les perversités de l’être humain et ce qu’il peut faire subir à un autre “gratuitement”.

Un film et un livre à conseiller pour les historiens de l’art de Place plume ?

Je conseille le dernier Gaspard Noé intitulé Lux Aeterna. C’est une expérience visuelle unique qui questionne notre société et la place de l’actrice-objet. Épileptique s’abstenir… (rire) à moins que vous ne vouliez, comme le dit la citation de Dostoïevski au début du film – vous confronter au – «bonheur suprême ressenti par l’épilepsie, une seconde avant la crise ».

Dur de ne choisir qu’un seul livre… Je dirais Une nuit à Pompéi d’Alain Jaubert. C’est un roman passionnant. On suit trois personnages, un homme, une archéologue et une star de cinéma lors d’une promenade dans l’ancienne cité mêlant anecdotes historiques et temps moderne, érotisme antique à celui d’aujourd’hui. Sur fond de la baie de Naples et du Vésuve, les souvenirs du narrateur nous dévoilent des moments clé de l’Histoire de l’art italien.

Et pour finir, un petit mot doux pour ceux qui hésitent encore à faire Histoire de l’art :

Ne doutez pas de vos choix, faites des choses qui vous plaisent et vous surprennent !

escaliers a chand baori pour illustrer le portrait de métier de Mélanie Chagneau

Cheffe d’équipe et Manager en bref :

-travail d’équipe (management)
-force de vente
-diplomatie et relations humaines
-gestion des conflits
-autorité naturelle
-sens de l’adaptation
-sens de l’organisation
-travail sous pression
-gestion du stress et des délais
-accueillir et développer les publics (savoir rendre accessible)
-savoir être multitâche

Crédit : image de Mélanie Chagneau de melaniechagneau.wixsite.com : Tous droits réservés

Mélanie exerce un métier en lien avec la médiation culturelle. C’est un domaine qui regroupe un large éventail de métiers et de compétences. Elle comprend notamment la gestion du musée en tant que bâtiment et institution, la gestion des publics, la gestion des programmes et l’accessibilité des collections. Elle regroupe encore les métiers de la conservation, de l’accueil, de la sécurité, de la billetterie. En médiation culturelle, il faut savoir coordonner les agents, les visiteurs tout en gérant le programme culturel et l’accessibilité des collections. Des compétences en comptabilité et en force de vente des produits sont également indispensables. C’est un vrai domaine polyvalent...

Retrouve toutes les caractéristiques de ce métier avec les “Fiches métiers” de Pôle emploi : Fiche ROME : D1508 (encadrement de personnel).

Évidemment, ces fiches sont très théoriques et ne reflètent pas tous les aspects humains, agréables ou désagréables d’un travail… Mais elles ont quand même l’avantage d’exister et sont un outil assez complet pour retrouver une description technique d’un métier, même pour le milieu culturel 😉 Essaye de garder un regard objectif !

N’hésite pas à laisser un commentaire pour faire part de ton expérience.

Les historiens et historiennes au travail … un vaste programme à suivre dans la rubrique “Portraits & Métiers” de Place plume ! Après ce portrait de métier #2, le prochain sera consacré au métier d’iconographe. To be continued !

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